KOTOFETSY ET MAHAKA LES DEUX COMPERES
Kotofetsy et Mahaka étaient deux brigands fort malicieux et dont les Malgaches ne se
lassent pas de raconter les mauvais tours. Ils s'associaient la plus part du temps pour se
livrer à des plaisanteries de mauvais goût, ce qui ne les empêchait pas de chercher
aussi à se tromper mutuellement.
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Un jour, ils se rencontrèrent au marché, chacun portant un panier.
- Où vas-tu ? demanda Kotofetsy.
- Vendre un beau coq ; et toi ? questionna Mahaka.
Moi, je viens d'acheter une superbe bêche.
- Ecoute, j'en ai besoin pour remuer la terre de mon jardin. Veux-tu que nous fassions un
échange ? Mon coq a sûrement beaucoup plus de valeur qu'une vulgaire bêche.
- Je veux bien, pour te faire plaisir, car ma bêche est d'excellente qualité et vaut
certainement plus cher qu'un coq ordinaire.
- Eh bien, je consens à ce sacrifice. Voici le panier qui contient mon coq.
- Et voici le panier qui contient ma bêche.
Et, enchantés de ce qu'ils croyaient être une bonne affaire, ils s'en allèrent en
hâte, chacun de son côté.
Mahaka, à peine arrivé chez lui, ouvrit le panier, mais il n'y trouva que de la terre.
Pendant ce temps, Kotofetsy se dépêcha de soulever le couvercle, se félicitant d'avoir
pu se procurer un beau coq à si bon compte, mais un horrible corbeau jaillit du panier et
s'enfuit en croassant.
Une autre fois, à l'occasion des funérailles d'un riche propriétaire, on distribua des
victuailles à tout le village, mais les deux compères , étant arrivés en retard, ne
reçurent pour tous les deux, qu'une seule poule.
Naturellement, ils revendiquèrent chacun la volaille entière et, finalement, il fut
décidé qu'elle appartiendrait à celui qui aurait fait le plus beau rêve dans la nuit.
Le lendemain matin, Kotofetsy dit :
- Personne n'a jamais fait, très certainement, un aussi beau rêve que le mien
ah !
c'était merveilleux ! Figure-toi que je suis monté au ciel. C'était vraiment splendide
que de voguer ainsi au milieu des nuages et je montais, je montais toujours
- Eh bien, figure-toi, interrompit Mahaka, que lorsque je t'ai vu monter si haut, j'ai
pensé que tu ne pourrais jamais redescendre, alors j'ai mangé la poule
Quelque temps après, ils se rencontrèrent, l'un venant du Nord et l'autre du Sud.
- Ah ! si tu savais ce qui se passe dans le Sud, s'écria Mahaka. Tout y est à feu et à
sang. Le ciel et la terre sont bouleversés, les arbres tombent tout seuls dans la forêt,
la plaine tremble; alors j'ai couru jusqu'ici pour aller au Nord. Mais puisque tu en
viens, que se passe-t-il ?
- C'est terrible
Au Nord, le peuple est réuni pour un grand Kabary et on a
décidé de couper le cou à tous les menteurs, alors je me suis vite enfui, et je me suis
dit : pourvu que Mahaka n'y aille pas
.
Il arriva que la mère de Mahaka mourut, mais malgré les nombreux larcins qu'il
commettait, Mahaka n'était pas riche et ne possédait pas de bufs. Or, il est
indispensable, pour célébrer dignement des funérailles, de sacrifier au moins un
buf.
Mahaka n'était jamais à court d'idées et il trouva un moyen de se sortir de cette
situation difficile. Il plaça le corps de sa mère derrière la porte en lui mettant
entre les mains des fibres de zozoro, comme si elle était en train de tresser une natte.
Puis il alla rejoindre Kotofetsy.
Ils rencontrèrent deux hommes qui conduisaient de bufs. Les bouviers étaient de
passage et désiraient s'arrêter dans une case pour se reposer et faire cuire leur riz.
Mahaka leur proposa la sienne et leur dit :
- Vous n'aurez qu'à pousser la porte, qui n'est pas fermée, et entrer; ma mère vous
recevra.
C'est ce que firent les bouviers mais, lorsqu'ils poussèrent la porte, le corps de la
vielle femme tomba. Mahaka arriva en poussant des cris et en déclarant qu'ils venaient de
tuer sa mère.
- Ah ! se lamentait-il
elle était en si parfaite santé lorsque Kotofetsy et moi
nous l'avons quittée tout à l'heure. Elle était justement en train de faire une natte.
Tenez, elle a encore le zozoro entre les doigts.
Il alla se plaindre au Chef du village :
- Puisqu'ils ont tué , dit-il, ils doivent être tués aussi
à moins qu'ils ne
donnent des bufs en compensation. A cette condition, je veux leur laisser la vie.
Le Chef du village trouva que cela était fort juste et les hommes acceptèrent aussitôt
la proposition car, dirent-ils : " La vie est douce et il vaut mieux la garder que de
garder des bufs."
Mahaka put offrir un magnifique "sikafare" à ses invités pour les funérailles
de sa mère et personne dans le village, ne fut dupe de la ruse. Cependant, on n'y trouva
pas à redire et chacun admira, au contraire, l'habileté et le génie astucieux de
Mahaka.
Mais il faudrait tout un volume pour raconter les exploits de Mahakara et de Kotofetsy.